• Les femmes écrivains du Moyen-Age au XIXe siècle

     

    Parmi les auteurs du Moyen-Age, trois femmes seulement passeront l’épreuve du temps, Marie de France, Christine de Pisan et Marguerite de Navarre. Entre le 16e et le 19e siècle, très peu les suivront, de Louise Labé à George Sand, en passant par Pernette du Guillet, Madame de La Fayette, Marceline Desbordes-Valmore ou Colette. Trois d’entre elles, représentatives de leurs congénères ont su, à travers des poèmes ou des romans, se faire une place en littérature à des périodes où la condition féminine avait tout à conquérir. Les premières femmes écrivains n’ont commencé à se faire une renommée qu’à partir du Moyen-Age. Depuis, d’autres femmes ont pris le relais de leurs aînées, se voulant romancières en plus de poètes pour finir aux temps modernes qui ont définitivement ouvert aux femmes les portes de la littérature, quel que soit le genre dans lequel elles décident de se lancer.

    Les premières poétesses Au Moyen-Age

    La première poétesse de l’histoire littéraire française, prénommée Marie et qui, dans ses vers se dit « de France », est principalement connue par son recueil de Lais dédié à Henri II Plantagenet, roi d’Angleterre. Elle a vécu dans la seconde moitié du XIIe siècle, probablement à la cour d’Angleterre qui, avec Eléonore d’Aquitaine, était devenue un centre privilégié de culture française. C’est aux alentours de 1167 que Marie de France a rassemblé, sous le titre de Lais, ces récits en vers octosyllabes qui se présentent comme la transcription poétique des légendes et des contes bretons. Marie de France est également l’auteur d’un livre de fables, l’Ysopet (publié vers 1170). Sans doute le plus achevé de tous, le plus fameux aussi par son évocation des amours de Tristan et Iseult, le Lai du chèvrefeuille (extrait) :

    Marie de France - Lais

    Les premières romancières dès le XVIe siècle

    Il faudra attendre la renaissance, pour qu'enfin les femmes se découvrent un talent littéraire autre qu'en genre poétique.Avec La princesse de Clèves, Madame de La Fayette écrit un roman où elle manie l’art de l’intrigue et offre une psychologie des personnages fouillée.

    Publié anonymement, ce roman connaît un grand succès car derrière des personnages de cour sous François 1er, l'auteur décrit ses contemporains. Chacun tente de s'y reconnaître, croit y deviner ses voisins et cherche à percer l'identité de l'audacieux écrivain.

    Les femmes de Lettres s'affirment avec le XVIIIe siècle et le libertinage

    Enfin, une jeune fille noble, Aurore Dupin, devenue la Baronne Dudevant, scandalise par son comportement atypique. Elle quitte son époux pour aller vivre à Paris, fréquente un éditeur, Jules Sandeau, dont elle s'inspirera pour son nom de plume, allié à un pronom masculin, George, car signifiant « celui qui travaille la terre ». Devenue George Sand, en plus de s'habiller comme un homme, elle s'engage politiquement et défie l'opinion en dénonçant les différences injustes entre les classes sociales ainsi qu'une cause féminine réduite à peau de chagrin. Dans son roman dit féministe, Indiana, femme libre et indépendante, mène sa vie et son coeur comme elle l'entend, se moquant des conséquences. Ce personnage qui quitte son mari pour retrouver son amant, même si l'auteur s'en est défendue, rappelle beaucoup la propre histoire de George Sand. Elle ouvre la porte au féminisme, d'autres femmes la suivront ensuite, Colette, Simone de Beauvoir, Françoise Giroud, etc...

     

    Les réactions des hommes : Ecrivain au féminin

     Jusqu'à la fin du XIIIe siècle, la poésie lyrique médiévale n'est pas reconnue comme écriture mais comme chant. Nobles ou pauvres, les femmes jouissent d'une grande liberté et des mêmes droits que les hommes. Comme il arrivera au vingtième siècle avec la première guerre mondiale, les hommes partent aux croisades tandis que les femmes travaillent et assurent la bonne marche du pays. Cependant, même si elles apprennent à lire et écrire, se révèlent parfois plus instruites que certains de leurs congénères masculins, possèdent de l'argent ou deviennent abbesses et dirigent des abbayes, dès leur naissance, elles dépendent d'un père ou mari et leurs salaires sont largement inférieurs à ceux des hommes.

    Celles-ci sont intégrées dans la société car elles en ont suivi les règles. Il n'en va pas de même pour les veuves, les femmes âgées, marginalisées par un statut qui leur attire une mauvaise réputation et devant se débattre pour s'en sortir financièrement et conserver leurs biens. Ainsi de Christine de Pisan, veuve et refusant de se remarier, qui va gérer seule ses biens et ses enfants, tout en s'instruisant davantage intellectuellement et en vivant de sa plume ; au contraire de Marie de France, de grande noblesse, qui se consacrera pleinement à l'écriture.

    Les Lais de Marie de France appartenaient aux textes transmis à l'oral. Les manuscrits médiévaux nous sont parvenus grâce à leur conservation dans les bibliothèques ecclésiastiques ou bibliothèques des laïcs qui renfermaient des ouvrages religieux mais également profanes.

    Du Moyen-Age, nous glissons vers le dix-septième siècle, en 1678, où le roman La Princesse de Clèves est publié d'abord anonymement, non parce que le nom de son auteur s'est perdu mais parce que Madame de La Fayette voulait éviter un éventuel scandale car à travers ses personnages, elle décrivait certains de ses contemporains. Dès sa parution, le succès est énorme ; pour obtenir une copie du roman, il faut attendre des mois. Au cours du dix-huitième, avec L'Enyclopédie de Diderot et d'Alembert, tirée à 4000 exemplaires, le livre suscite un nouvel intérêt, surtout avec le développement de la littérature populaire.Au dix-neuvième souffle un vent de modernité sur le livre. George Sand profite de l'industrialisation qui marque une production industrielle du livre ; du système de presse à bras l'imprimerie devient rotative. Le tirage moyen pour un ouvrage est de 2000 exemplaires en 1840, et en fin de siècle, il passe à 60 000. Elle est le premier auteur féminin français qui profite enfin d'une véritable diffusion moderne et connaît un succès d'autant plus considérable. Parmi ses détracteurs, Charles Baudelaire et Jules Barbey d'Aurevilly se montrent les plus virulents tandis qu'elle reçoit chez elle Honoré de Balzac et entretient une amitié épistolaire avec Victor Hugo.

     

    Quand les femmes étaient des hommes de lettres

    Si les filles issues de la noblesse ont droit à une instruction comprenant la lecture, l'écriture, le latin, les sciences, l'Eglise, dirigée par les hommes et la société, également contrôlée par les hommes, ne leur reconnaissent qu'un unique projet de vie, le mariage et la maternité. Afin d'échapper au joug marital, certaines se font religieuses où elles auront le gîte, le couvert ainsi qu'un accès à la culture, et éventuellement pourront devenir une abesse et diriger ainsi un monastère. Les veuves pouvaient, à leur tour, se libérer de l'emprise masculine, si elles étaient suffisamment argentées pour se permettre de ne pas se remarier. Elles étaient mal considérées, mais en ville, elles pouvaient réussir à gagner leur vie en tenant un commerce. Suite à son veuvage, Christine de Pisan ne se remaria pas et réussit l'exploit d'être la première femme à vivre de sa plume, à exercer le métier dit, à l'époque, d'homme de lettres. Quant à Marie de France, liée à la cour d'Aliénor d'Aquitaine et donc de grande noblesse, elle eût la chance que son mariage n'entrave en rien sa passion d'écrire, faisant d'elle la première femme connue pour avoir écrit des poèmes en français.

     

    Femme d'esprit et Femme libre

     

     Au dix-septième siècle, Madame de Sévigné, Boileau et Voltaire reconnaissent en Madame de La Fayette la femme de lettres. Outre un très grand succès, son roman La Princesse de Clèves souleva de nombreuses discussions en société, particulièrement sur l'identité de l'auteur puisque le livre parut d'abord anonymement. Issue de la petite noblesse, elle devint l'épouse du Comte de La Fayette. Le nom et la fortune de son mari lui permettent de fréquenter la haute société, de tenir son propre salon et de pouvoir se consacrer à l'écriture.

    Deux siècles plus tard, une autre femme également issue d'une famille aisée, va secouer le monde littéraire de son époque. Par ses tenues vestimentaires, son nom d'écrivain empruntés aux hommes, ses amours tumultueux ; par ses romans où les femmes se révèlent de grandes amoureuses tragiques, ses engagements politiques, George Sand représente l'avant-garde de la femme libre et indépendante, de celles qui lutteront pour leurs droits dès le vingtième siècle. Parmi ses contemporains, Baudelaire fut l'un des rares écrivains à ne lui accorder aucune légitimité d'auteur, à la différence de nombreux autres tel que Flaubert, Renan, Hugo. Elle a été la seule femme du XIXe siècle à vivre de sa plume.

     

    George Sand

     

    La postéritéDe livres en collections

    Parce qu'elles appartiennent à un passé lointain et que leur langage ne nous est plus familier, Marie de France et ses consoeurs écrivains du Moyen-Age ont été longtemps les oubliées de la littérature française. Marie de France bénéficia de plusieurs facteurs favorables au dix-neuvième siècle. La création des premiers livres de poche permirent alors une diffusion encore plus grande et moins onéreuse pour les imprimeurs et ses Lais furent ainsi redécouverts en pleine période du romantisme. De même, le dix-neuvième siècle s'emballa pour les livres de forme historique et La princesse de Clèves de Madame de La Fayette suscita également un certain engouement. Ainsi que George Sand, elles eurent également droit à des publications en livres de collection, ou dans des anthologies. Grâce à l'école obligatoire et l'université, leurs oeuvres étaient lues par un public de plus en plus large et elles furent enfin reconnues femmes de lettres. Les éditions de leurs ouvrages se succédèrent et se succèdent encore de nos jours, elles sont étudiées dans les écoles et certains de leurs livres ont fait l'objet d'adaptations cinématographiques.

     

     

    Une renommée qui a passé les siècles

    La renommée de Marie de France doit beaucoup au fait qu'elle vivait en Angleterre, signait de son prénom et que le mystère plane sur sa vie. Des spécialistes du Moyen-Age insinuent qu'il s'agirait peut-être même d'une anglaise. Son oeuvre est davantage connue que son nom à elle. Quant à Madame de La fayette, grâce à une pétition lancée par un professeur et ayant recueilli près de 20 000 signatures en mai 2016, elle devient la première femme auteur au programme de littérature des terminales L pour le BAC littéraire en 2018. Une injustice qui s'avère ne pas être inhérente au BAC, puisqu'à l'agrégation de Lettres, seules deux femmes ont figuré au programme de littérature du Moyen-Age depuis 1981, Marie de France en 1996 et Christine de Pisan en 2017 (Publication 20 minutes du 20/03/2017). Plusieurs films ont été tirés de La Princesse de Clèves, entre celui de Jean Delannoy en 1960 et celui de Régis Sauder en 2011 ; une pièce de théâtre en 1993 de Marcel Bozonnet et Alain Zaepffel, des rééditions actualisées régulièrement, le succès de La Princesse de Clèves de Madame de La fayette n'a jamais faibli. Puis il y a George Sand, toujours publiée, dont les Contes d'une grand-mère, La petite Fadette, La mare au diable, font le bonheur des plus jeunes avant qu'ils ne la découvrent à l'âge adulte dans des oeuvres plus fortes et engagées comme dans Indiana. Ses photographies, sa demeure dans le Berry, à Nohant, la rendent plus proche du public, lui donnant l'apparence d'une certaine modernité qui manque à Marie de France et Mme de La Fayette.

     

    Aujourd'hui, en début du vingt-unième siècle, les femmes écrivains comptent autant que leurs collègues masculins et leur succès ne soulève plus de gêne ou de scandale lié à leur condition féminine. Doucement les ultimes bastions conservés par les hommes viennent de tomber, avec Marguerite Yourcenar, première femme élue à l'Académie Française en 1983 et leurs oeuvres commençant à apparaître dans les programmes du BAC littéraire ou de l'Agrégation de Lettres. L'édition d'une femme ne suscite plus de scandale dans le monde de la littérature, elles peuvent écrire sur n'importe quel sujet et se voir publiées. Le sexe importe peu, seul le talent prime : Il était temps...


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